Dans l’univers impitoyable du rallye, certaines voitures ne sont pas seulement des machines, elles sont des légendes. La Lancia 037 Group B est de celles-là, une icône rouge sang qui a marqué la fin d’une époque, celle où la passion et l’ingénierie audacieuse défiaient les conventions. Elle fut la dernière voiture à propulsion arrière à décrocher le Championnat du Monde des Rallyes Constructeurs, en 1983, avant que la traction intégrale ne prenne le dessus pour toujours.
Une lignée prestigieuse et un défi audacieux
Imaginez Lancia au début des années 80. La Stratos, son illustre prédécesseure, venait de rafler trois titres mondiaux consécutifs. Mais le vent tournait, et la traction intégrale commençait à dicter sa loi sur les pistes. Face à des concurrents comme l’Audi Quattro et la Peugeot 205 T16, Lancia aurait pu suivre la tendance. Au lieu de cela, la marque italienne fit un choix audacieux : elle conçut la Lancia 037 Group B, une voiture qui, malgré l’évolution du sport, s’accrochait à l’essence même de la conduite sportive avec ses roues arrière motrices. Ce défi, relevé avec brio, lui confère aujourd’hui une place unique dans l’histoire du sport automobile.
La Bête de Course : L’ingénierie au service de la performance
La Lancia 037 Group B n’était pas une simple voiture de sport ; elle était un outil, conçu avec un but précis : gagner des rallyes. Son propriétaire, Philip Toledano, exprime parfaitement cette philosophie : « Ce n’était pas juste une voiture de sport conçue pour les gens qui voulaient aller vite. Elle a été conçue dans un but précis, et j’adore les choses conçues spécifiquement dans un but précis, comme un outil – sauf que c’est un outil rapide qui me fait peur. »
Sous sa carrosserie signée Pininfarina, la 037 Stradale de 1982 cache un moteur Abarth quatre cylindres de 2,0 litres, suralimenté. Sur route, cette version développe environ 210 chevaux. Cependant, avec son échappement de Groupe B, on estime qu’elle atteint les 240 chevaux, une puissance redoutable pour une voiture de son gabarit et de son époque. L’ouverture de son capot arrière révèle une mécanique exposée, véritable œuvre d’art fonctionnelle, où chaque composant semble prêt pour la compétition.
Une expérience de conduite sans filtre
Conduire la Lancia 037 Group B, c’est s’immerger dans une expérience sensorielle intense. Philip Toledano décrit un « théâtre » à chaque trajet. Une fois sanglé dans le harnais à quatre points, le pilote est enveloppé par le vrombissement du moteur et le sifflement aigu du compresseur. En passant la cinquième vitesse, la voiture émet un bruit qui évoque le « saut dans l’hyperespace du Faucon Millenium », un son presque irréel qui témoigne de la puissance brute de la machine. Cette symphonie mécanique n’est pas fatigante, elle est revigorante, une connexion directe et viscérale entre l’homme et la machine, sans fioritures ni insonorisation excessive.
L’habitacle : Un bureau de pilote
L’intérieur de la Lancia 037 Stradale est un testament à son héritage de course. Chaque élément est pensé pour l’efficacité et la fonctionnalité en rallye. Le tableau de bord, par exemple, intègre un circuit imprimé, pratique pour les réinitialisations effectuées par le copilote. Une lampe de lecture est à portée de main du navigateur, et le manomètre de température d’huile est délibérément placé à l’extrême droite du tableau de bord, sous les yeux du copilote, pour une surveillance constante.
Le cockpit est doté d’un arceau de sécurité intégré, que l’on doit enjamber pour s’installer. L’absence de confort moderne et l’omniprésence des éléments de course rappellent constamment que cette voiture n’est pas faite pour les trajets pépères, mais pour la performance pure sur des spéciales chronométrées.
Le charme brut d’une icône
Philip Toledano compare la 037 à sa BMW M1 en termes de maniabilité, mais souligne que la Lancia est « beaucoup moins civilisée ». Et c’est précisément ce qui lui plaît, car cette nature brute procure une confiance essentielle au volant. « J’ai besoin d’autant de confiance que possible, car je suis le Woody Allen des passionnés de voitures », plaisante-t-il, évoquant sa tendance à être nerveux et inquiet. Cette authenticité, cette exigence qu’elle impose à son pilote, fait partie intégrante de son charme.
La Lancia 037 Group B n’a jamais été conçue pour le confort ou la prévisibilité. Elle était là pour accomplir une tâche, pour repousser les limites de l’ingénierie et de la vitesse. Et elle a réussi, laissant une empreinte indélébile.
Un héritage fulgurant
L’ère du Groupe B, au début des années 80, fut pour beaucoup la dernière période de véritable romance dans le rallye. La Lancia 037 Group B en est un symbole poignant. Elle succédait à la légendaire Stratos et était très attendue. Mais comme une lumière qui brûle deux fois plus fort brûle deux fois moins longtemps, la 037 ne fut présente que pour une courte période avant d’être remplacée par la S4 à quatre roues motrices. Son passage fut bref mais intense, et elle reste gravée dans les mémoires comme une machine d’exception, incarnant l’esprit indomptable de Lancia et la folie magnifique du Groupe B.
Pour ressentir toute l’émotion de cette légende, découvrez la vidéo :